Pour ces trois là, les étoiles se sont alignées lors d’une rencontre fortuite au rayon plomberie d’une grande enseigne de bricolage. Après quelques essais à souffler dans des tubes en PVC et taper sur des conserves cabossées, ils décident, dans le courant de l’année 2023, de créer un orchestre qui joue ses propres compositions avec des instruments fabriqués à la maison, conçus à partir de rebuts industriels, chutes de bricolages, déchets recyclés, quotidien détourné. Evidemment, Tako Toki n’a pas inventé le concept, on compte des ribambelles de prédécesseurs illustres dans la lutherie sauvage. Pourtant, force est de constater que les bricoleurs musiciens, il y en a des brouettes, mais que la bonne musique jouée avec des instruments maison ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval.

Armé de ce constat, le trio s’attaque à un noble objectif : faire une musique qui nourrisse le corps et l’âme, aux antipodes des barbantes démo d’instruments DIY et du rock crasseux des divers poubelles boys – quitte d’ailleurs, paradoxe assumé, à faire oublier à son auditoire l’origine modeste de son instrumentarium. Grâce à cette contrainte, les trois complices retrouvent une fraîcheur créative qui s’était quelque peu étiolée sur les routes, un enthousiasme enfantin qui se nourrit de leur goût du challenge (cap de faire de la vraie zique avec ces trucs que j’ai fabriqués avec mes gros doigts boudinés ?), et d’une affinité pour la bricole, l’art brut et le travestissement.
Enfin Tako Toki mettra en exergue, et à bon compte, un argument écolo tout cuit avec son instrumentarium décroissant, sobre, au bilan décarboné. Ici on prépare la fin du monde en rigolant, totally unplugged. Quand on sera confinés dans nos cavernes, on parie que Tako Toki continuera à taper sur des roues de vélib et souffler dans des os de mammouths. industrielle.

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© Juliette Valero